ODE TO THE WEST WIND (Alain Michel RIOU) pour voix saxophone alto et saxophone ténor (poème de Percy Bysshe SHELLEY). Le vent dÕouest a une longue histoire dans lÕart poétique et la musique des pays dÕAtlantique. CÕest le vent qui vient du large É «Ecoutez le vent dÕouest vous raconter lÕhistoire du monde» proposait Debussy dont le 7ème prélude pour piano, extrêmement tumultueux sÕintitule  Éce quÕa vu le vent dÕouest. Le poème de Shelley, dans lequel il sÕadresse directement au vent, véritable divinité, est une incantation qui fait appel aux éléments primordiaux (terre, eau, feu et air) et aux sentiments humains de mélancolie, dÕangoisse et dÕespérance. La fluidité du mouvement, les scintillements de timbres, les ruptures de climats sont autant de symboles évoquant le vent,  qui viennent faire échos, sur différents plans à la partie de chant.

ODE TO THE WEST WIND
Percy Bysshe SHELLEY

I
O wild West Wind, thou breath of Autumn's beeing,
Thou, from whose unseen presence the leaves dead
Are driven, like ghosts from an enchanter fleeing,

Yellow, and black, and pale and hectic red,
Pestilence-stricken multitudes: O thou
Who chariotest to their dark wintry bed

The wingèd seeds, where they lie cold and low,
Each like a corpse within its grave, until
Thine azure sister of the spring shall blow

Her cla-rion o'er the dreaming eath and fill
(Driving sweet buds like flocks to feed in air)
With living hues and odours plain and hill:

Wild Spirit which art moving everywhere ;
Destroyer and preserver ; hear, oh, hear !

V
Make me thy lyre, even as the forest is:
What if my leaves are falling like its own!
The tumult of thy mighty harmonies

Will take from both a deep autumnal tone,
Sweet though in sadness. Be thou, Spirit fierce,
My spirit! Be thou me, impetuous one!

Drive my dead thoughts over the universe
Like withered leaves to quicken a new birth!
And, by the incantations of this verse,

Scatter, as from an unextinguished hearth
Ashes and sparks, my words among mankind!
Be through my lips to unawakened earth

The trumpet of a prophecy! O, Wind,
If winter comes, can Spring be far behind?
 

ODE AU VENT DÕOUEST
(traduction de Robert DAVREU)

I
Sauvage vent dÕOuest, souffle vital de lÕAutomne,
Toi, présence invisible chassant les feuilles mortes
Tels des fantômes fuyant un enchanteur,

Jaunes, et noires, et blêmes, et de fièvre rougies,
Multitude frappée de pestilence : O toi,
Qui charroies à leur sombre couche dÕhiver

Les semences ailées, où elles reposent froides,
Tel, chacune, un cadavre enfermé dans sa tombe,
Avant que ta sÏur dÕazur, le Printemps, souffle

Dans son clairon sur la terre qui rêve, et emplisse
(Menant comme troupeaux ses bourgeons aux
     pâtures de lÕair)
Plaines et monts de couleurs et dÕodeurs de vie :
Esprit Sauvage, toi qui partout te meus ;
Toi qui ravages et sauves ; entends-moi, oh,
      entends-moi !
V
Fais de moi ta lyre, comme lÕest la forêt :
QuÕimporte si mes feuilles, comme les siennes,
       tombes !
Le tumulte de tes puissantes harmonies

Tirera de tous deux un riche timbre dÕautomne,
Doux malgré sa tristesse. Esprit  farouche,
Sois mon esprit ! Sois moi, ô toi lÕimpétueux !

Chasse mes pensées mortes de par lÕunivers
Comme feuilles flétries dÕoù renaisse la vie !
Et, par lÕincantation de ces vers,

Disperse, comme dÕun inextinguible foyer
Cendres et étincelles, mes paroles parmi lÕhumanité!
Sois par mes lèvres, pour la terre encore assoupie,

La trompette dÕune prophétie ! O, Vent,
Si vient lÕHiver, le Printemps peut-il être loin ?